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Les nouvelles d’un écrivain anonyme proposées par la Créature des Marais |
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Tous les matins le même geste. Un mouvement rotatif du pouce et de l’index et le bruit du moteur signale à Jonas qu’il ne peut plus reculer. Comme d’habitude il laisse le véhicule faire son effet. Une ou deux minutes de vibromassage par la mécanique le videra des sensations qui précèdent son départ pour le travail, volupté de la douche, excitation de la caféine, supplice du cravatage, résignation du départ. Ça y est. Plus de révolte, plus de questions, plus de regrets, plus d’états d´âme. Béni soit le vide. Quelques secondes encore et le masque se posera en douceur. Les cheveux sont en ordre, les lunettes ajustées, le portefeuille en place ? Right. Les formules, creuses mais stylées, se bousculent. Everything under control. Alles klah. Niema problema. Tout est en ordre ? Dans deux secondes en route pour les embrouilles, les peaux de bananes et les ronds de jambes, et avec élégance s’il vous plaît. Humour British de rigueur. Jonas assure. Frein à main, débrayage, première, clignotant. Sourire-signe de la main au voisin, ce gros beauf réac, à peu près aussi intelligent que le levier de vitesse que Jonas manie avec autorité. La voiture, rien de tel pour se donner de l’assurance. Feu rouge grillé, demi-tour sur la ligne blanche, dépassement suicidaire. Pour le mental ça vaut bien le saut à l’élastique, en arrivant au bureau le moral sera celui du vainqueur. Juste le temps qu’il faut d’ailleurs, car au fond tout le monde s’en fiche. Passés les rituels matinaux, mains serrées aux collègues, sourcil froncé de l’homme responsable, sourire paternel à la petite secrétaire, il pourra se laisser aller. Le masque aura pris. Une camionnette livre une épicerie. Cette fois il faut s’arrêter. Un moment d’inaction qui vient casser le rythme de l’auto-lavage de cerveau. Mettre une cassette ? La radio ? Non et non. Cette camionnette doit s’en aller, il y a déjà une voiture qui colle derrière. Du calme, Jonas. Le déchargement est fini, juste le bon de livraison à faire signer par le patron qui arrive. Vingt secondes, montre en main. Cinq, dix, quinze, vingt, vingt-quatre secondes. Bien. Débrayage, première, seconde. La mécanique se plie docilement aux gestes tyranniques du conducteur satisfait de sentir que le plastique du levier de vitesse s’est réchauffé depuis le départ. Premier signe de réconciliation. Avec quoi au juste ? En tous cas il était temps. Tout va bien. Et claque la portière. Salut ferraille, je te fous la paix jusqu’à dix heures. La voiture est presque neuve et n’est pas encore rompue aux manières viles de son maître. Mais elle s’habituera. La chienne.
Il fait beau. L’air est vif et marin. Du ciel normand surgissent quelques mouettes attirées par les livraisons des mareyeurs. Au loin la sirène d’un navire en partance lance son fier salut à ceux qui restent à terre. Les bureaux sont encore assoupis mais déjà les camions s’affairent autour des entrepôts, et la vue des gamins qui vont à l’école en mordant à belles dents les pains au chocolat de la boulangerie voisine décide Jonas à laisser ses aigreurs matinales pour une viennoiserie.
Dans sa loge Madame Giorgetti trie quelques plis amenés par le facteur qui est nouveau et n’a pas eu le réflexe de renvoyer le courrier de l’immeuble sur les boîtes postales de la Poste Centrale. - Bonjour M’dame Fernande ! Ça-va-bien-Oui-merci-Et-votre-petite-chatte-elle-tousse-plus ? - Elle va mieux, M’sieur Lepic. Je lui ai fait des filets de merlan et j’ai mélangé avec les médicaments que le vétérinaire il a prescrits. La grosse bêtasse elle y’a vu que du feu. - Ah-ben-en-voilà-une-bonne-nouvelle ! - Oh moi j’ai toujours su m’y prendre avec les bêtes. Parce que ma Minouche elle a son petit caractère, mais elle est tellement gentille. Ces petites bêtes elles font de mal à personne. Mon mari aussi il aimait bien les chats, mais il se moquait tout le temps de moi. Il me disait “Tu t’occupes plus de ton chat que de la famille !”. C’était même pas vrai. N’empêche que quand je vais au cimetière j’emmène Minouche. Les chats ils communiquent avec les esprits. C’est ma voyante qui me l’a dit. Le mari de Fernande est mort il y a six ans d’un cancer du colon. C’était un Corse taciturne qui avait travaillé aux Rhums Chauvet avant d’entrer à la Douane. Pris de béguin pour la petite aux yeux bleus, il se fâcha avec sa famille qui voulait lui faire épouser une fille du village. Il en devint aigri et ne revit jamais l’Ile de Beauté. Sur la fin, il en voulu terriblement á sa moitié de l’avoir détourner de sa terre natale, et martyrisa cette grosse bretonne qui avait pourtant, éperdue d’amour, abonné la cuisine au beurre pour la cuisine á l’huile. “Tu n’es pas Corse !” lui jetait-il comme argument suprême pour clore les discussions qu’il provoquait toujours sous d’insignifiants prétextes. La pauvre Fernande eu bien du chagrin. Heureusement l’ingrat avait un faible pour les chats, et ils se retrouvèrent dans la tendresse qu’ils portaient à Minouche. L’amour chat les sauva de l’amour vache. L’estomac et le cœur adoucis, Jonas prend congé. Ah, Promiscuité des ascenseurs ! Les belles y sont captives, offertes aux regards des pères de famille respectables, des célibataires sournois et des commis intimidés. Aujourd’hui c’est la brune du cinquième. Voici presque deux ans qu’elle travaille dans l’immeuble. Jonas l’épie depuis le premier jour, mais il est toujours resté sur sa réserve. Étrangement, les variations de ses toilettes, de ses coupes de cheveux, de ses mimiques et de sont teint ont presque totalement révélé ce qu’elle ne montre pas. Ses seins par exemple. La succession des corsages, débardeurs, chemisiers, robes et tailleurs ont situé leur volume et leur place dans le corps de la pulpeuse. La ronde du soutien-gorge, Triumph, Playtex, Lycra en dentelle de Calais et Princesse Tam-Tam bordé de guipure, apporte sur les rondeurs des renseignements des plus précieux. Pour peu que l’observateur soit fin connaisseur en lingerie féminine, il identifiera rapidement la taille et le modèle des sous-vêtements, et pourra déduire de l’assemblage du contenu et du contenant quelque savoureuse information sur ce dernier. Le prochain modèle viendra affiner l’évaluation, et le suivant un peu plus. Mais l’anatomie des ascenseurs n’est pas une science exacte. Ces mamelles resteront une énigme que seules pourraient résoudre des méthodes prescrites par la bienséance des rapports professionnels. C’est sans doute mieux comme ça, le mystère et l’interdit sont les semences du rêve. De la gamme des mines réjouies, dépitées, lunatiques, décidées, boudeuses ou satisfaites de la brunette, des nuances perceptibles dans le timbre de sa voix lors des salutations matinales, se sont dévoilés les états de son âme ingénue. C’est brave petite. Quel ravissement que de voir presque chaque jour l’infini variation des formes, des couleurs et des humeurs ! Il faudrait les numéroter, comme Koechel numérotait les oeuvres de Mozart. Numéro 1, sur son trente et un. Numéro 6, ficelée comme une saucisse. Numéro 13 au trente-sixième dessous. Numéro 36 sans dessous dessus. Sorcellerie des nombres ! Et pour le septième ciel ? La déshabiller en cinq sec et la prendre en moins de deux ? Et d’un coup de rein sans calcul démontrer la fonction de mon service trois-piéces ? Du calme Jonas, du calme s’il te plait. L’ascenseur s’arrête, interrompant les divagations du sous-directeur esthète. - Bonne journée, mademoiselle. La mignonne lui fait un beau sourire qui se combine délicieusement avec son décolleté.
Ah, Jonas, comment allez-vous ? Ca va. Venez donc j’ai à vous parler. Bureau d’Agent Maritime. Le mobilier est de style empire comme dans beaucoup de vieilles maisons de la place du Havre. A la fois sobre et précieuse, sa facture rappelle l’époque qui vit se former les aristocraties du Port, dont ne subsistent aujourd’hui que les Courtiers-Interprètes institués par un décret de Napoléon 1er. Une bibliothèque contient les ouvrages de références indispensables : Llyod’s Register, Blue Book, International Maritime Dangerous Goods, tarifs portuaires et Lamy Transports. Sur un meuble bas trône la maquette d’un grumier. Au hasard des endroits laissés libres par les dossiers et les accessoires de bureau s’éparpillent divers bibelots évoquant les navires et les métiers portuaires. Au mur, bien en vue, le portait du fondateur de la Maison, Monsieur Wilfred, personnage mythique âgé maintenant de quatre-vingt-huit ans. Les employés l’aiment bien, c’est le grand-père. Pour son anniversaire ils se sont cotisés pour lui offrir une cuillère en argent percée de petits trous. C’est objet rare trouvé chez un antiquaire et qui chez les bourgeois de la belle époque servait á sucrer les fraises. Car pour les sucrer il les sucre le fossile. Mais c’est Monsieur Wilfred. La société a mis une Jaguar et un chauffeur à sa disposition, et les directeurs lui envoient pieusement les comptes-rendus d’escale auxquels il ne comprend plus rien. Monsieur Wilfred Lasry, Hôtel de Paris, Monte-Carlo. Affranchir au tarif économique. Nous aurons le Katowice la semaine prochaine. Il prendra le fret du Korzeniowski qui est over-booked. Et vous savez quoi ? Ils ont eu un début d’incendie à Rotterdam. Un lot de coton a fermenté et a pris feu. Ils le débarqueront avec le reste quai de Bougainville. - No cure no pay ? blague Jonas qui voit venir les chicaneries des assureurs. - Avarie commune, mon cher. C’est un vieux concept juridique du temps des Grecs qui considéraient les expéditions maritimes comme des aventures collectives. - Ah oui, règles d’York et d’Anvers ? - Évidemment. Parker est un peu dépité d’avoir loupé son effet. Ce petit arriviste de Jonas a potassé ses bouquins de droit. - Bon, eh bien je suis à votre disposition Monsieur Parker. - Je ne veux pas vous bousculer mais il n’y a pas de temps à perdre. Le procès-verbal de l’avarie va nous être adresse par fax ce matin. Faites des copies et prenez rendez-vous avec le Commandant de port. Il décidera des précautions à prendre pour le stockage. - L’enlèvement se fera rapidement ? - That’s the question. En principe c’est le problème de l’importateur. Mais les assureurs feront monter la mayonnaise, les balles resteront sans doute à quai deux ou trois jours. - J’enverrai Tim assister aux constats. Je suppose que si les balles ont été mouillées quand ils ont éteint le feu il n’y a plus de danger d’auto-combustion. Pour le stockage il y a suffisamment de place sous le hangar 120. - Dieu vous entende. Je voulais dire le Commandant de Port.
Doux ronron des débuts de journées. Pour moi ce sera du café. Pas encore de coup de téléphone pour empêcher les secrétaires de parler des chaussures du petit dernier ou des promotions de l’hypermarché. Bientôt viendront les appels des pleurnicheurs, des radins, des exigeants, des cafouilleux et des pas-contents-du-tout. Et les lettres à taper, les télex à passer, les documents à remplir. Mais dans la grisaille viendront toujours quelque recette de cuisine, un mot d’enfant ou la coquinerie sans malice d’une histoire un peu leste.
Rendez-vous pris pour demain matin. Deux comptes d’escales à terminer mais Jonas n’est pas d’humeur à triturer des chiffres pour dégager les sacro-saints résultats. Il sait d’avance quelles ficelles il utilisera pour voler les armateurs et avec le temps l’exercice a perdu de son sel. Le Water-Clerk lui apporte un plan d’arrimage. Un peu d’air frais. L’odeur de la mer revient aux narines de l’homme du bureau. - Les grues sont au Sud et les portiques au Nord. Tu feras accoster le navire tribord à quai et tu demanderas au Commandant d’ouvrir la cale 4 pour huit heures. Deux équipes sur la 2 et la 4, ok ? J’appellerai Mauconduit à l’embauche pour confirmer. C’est Chomski le Commandant ? Vas-y molo sur la vodka. Et n’oublie pas de lui demander s’il a besoin de matériel supplémentaire pour le saississage. Tim note les instructions et sans rien dire retourne étudier le dossier pour chercher la faille qui le libérera de la tutelle du sous-chef. Parker l’encourage sournoisement à ses moments perdus. D’accord. Si ce vieux con veut de l’émulation il en aura.
Appel de la Cunard. Collins cherche du fret de retour pour le Rosemary qui sera prêt à repartir lundi de Tilbury pour l’Extrême-Orient et n’a pratiquement rien trouvé à l’export. Jonas passe plusieurs coups de fil aux consignataires qui travaillent sur le même range et se perd en conjectures. Parker s’amuse de voir son adjoint se démener. C’est beau d´être jeune. Vous en faites donc pas, je vais demain à la réunion du syndicat des consignataires et je le remplirai, ce vieux Rosemary. A bon chat bon crabe. Attend un peu toi je vais t’avoir.
Au restaurant-bar “Le Poisson Volant”, Jonas médite. Avec les copains, lui a enseigné Parker quand il venait de rentrer dans la boîte, collez-vous tout de suite le dos au mur. C’est le meilleur moyen de pas se faire mettre. Justement voilà Lefebvre qui arrive avec sa suffisance de chefaillon. - Lefebvre ! Alors tu l’as acheté finalement ta Toyota ? - Ça va Lepic ? Toujours les Polacs ? Lefebvre c’est pas n’importe qui. Un grand bond au physique un peu mou mais au regard altier. Trois enfants, un commis sous ses ordres, une femme soumise et surtout... Attention... Pas n’importe quoi... Pas une bagnole de merde... Un quatre-quatre Toyota ! Évidemment ça fait des jaloux. Mais Lefebvre ne leur en veut pas. Non. Ah non. Il est resté simple malgré sa réussite. Et malgré les traites qui vont le crucifier pendant six ans. N’empêche qu’il va se faire un peu désirer. Il est gentil Lepic, mais s’il veut que je lui parle de ma Toyota il va d’abord me payer un whisky. Normal, c’est quand moi qu’ai osé. C’est Bibi. - Qu’est-ce que tu prends ? Vingt minutes à supporter le cabotinage de Lefebvre intarissable sur sa caisse de pecnot. Et forcément on passe au Paris-Dakar. Jonas qui écoute poliment connaît l’Afrique et se retient pour ne pas lui dire qu’il est écœuré par l’impudeur de ces aventuriers d’opérette. Obscène. Mais comme le Superbe tient à faire l’éclatante démonstration de sa supériorité, la conversation s’oriente sur le boulot. L’Overseas c'est un armement d’avenir, les clients se bousculent, le bateau de cette semaine est plein comme un œuf. Maersk a loué tout un tas de conteneurs aux Japonais et doit les renvoyer car ils viennent d’étoffer leur propre parc. Mais ils attendront les prochaines rotations, on va pas leur faire l’article. - T’en reprendras bien un petit ? - Allez, c’est bien pour te faire plaisir. Et les commandants, Lefebvre il les a tous dans sa poche. Sans parler des transitaires. A combien le fret sur Osaka ? Ah bon ? Eh ben dis donc ! Encore quelques whiskys et le vrai gogo laisse choir les plus précieux renseignements dans l’escarcelle du faux con malté.
Six heures et demie. Jonas décroche son téléphone et compose le numéro du siège social. - Allo ? C’est la voix du patron. - Bonsoir Monsieur Lasry. Monsieur Grosselin est là ? - Tiens Lepic ! Qu’est-ce qui vous tracasse ? - J’aurais voulu qu’on m’envoie d’urgence des connaissements du type Bruxelles-Visby. - Pour quoi faire ? - Je viens de décrocher un fret pour la Cunard. Quatre cent cinquante conteneurs vides et soixante-deux pleins, sur Osaka. Dans les trois cent soixante mille dollars. C’est pour Maersk. - Vous commissionnez à combien ? - Cinq pour cent. Collins n’a pas fait d’histoires pour une fois. - L’escale ne déroutera pas le navire et la manutention ira vite. De toutes façons ce sont les termes le l’Agency Agreement. On grattera sur les galoches, ils en manquent. Et pour la manutention Roussel nous fera une grimace. - Monsieur Parker est au courant ? - Non, il est parti et je viens d’avoir le télex de confirmation à l’instant. Il m’a pris pour un rêveur. Comme d’habitude. Je me demande si c’est pas mes lunettes qui font ça. - Rêvez tant que vous voulez du moment que les affaires sortent. Bien, bien. Vous partez cet hiver, comme d’habitude ? - Je vais au Brésil. Mais avec tout le travail que j’ai, je dilapide mes économies en Supradyne. Vous savez c’est un cocktail de vitamines et de... - Ça va, je ferai une note au comptable. Allez chercher vos vitamines si vous en avez besoin. - Merci Monsieur Lasry. Et pour les connaissements ? Ouf. Un peu plus et Jonas oubliait le prétexte de son coup de fil. - Vous cassez pas la tête pour ça. Parker n’aura qu’à se démerder pour en trouver. Allez bon courage.
Lasry rigole, il est loin de tout ça. De son bureau douillet de l’Avenue de l’Opéra il fignole ses coups de bourses. Il reçoit les polytechniciens séduits par l’homme d’affaire qui marche seul. Ils donneraient tous leurs diplômes pour sa race et son flair. Money. L’argent qui brille sur ses tempes de quinquagénaire n’est pas une récompense. C’est une prise. Pour être riche pas de semailles ni de récoltes. Des appâts et des pièges posés comme les collets à lapins des braconniers, et pour tirer, le bon moment et la bonne arme. L’argent s’enfuit quand les besogneux le prennent pour un animal domestique, mais le chasseur sait que tôt ou tard, se croyant à l’abri, il se mettra à découvert.
Jonas est de bonne humeur. Ce n’est pas tant pour la prime que lui a octroyée son patron. A peine arrivé chez lui, il ouvre le tiroir de son bureau, pour vérifier si tout est en ordre, comme il le fait tous les jours depuis presque deux semaines. Passeport, visa, billet. Passeport, visa, billet. Dans dix-huit jours il partira. Cette fois il ne passera pas par Rio mais par Recife, suivra les rives du São Francisco, traversera le Sertão et rejoindra l’État de Bahia par l’intérieur. Collins ne sait pas encore qu’il ne renouvellera pas son contrat. Adieu les quais du Havre, Jonas y a rencontré le vent, il s’envolera. Merci la Mer, merci les quais et les marins, je vous aimais, mais je dois partir. Il ne reviendra pas de si tôt. Ses amis lui ont dit « Attention Jonas, tu es sur la mauvaise pente. ». Mais une voix lui a dit « Viens ! ». Il ira. Il ne sait pas ce que Yemanjá a décidé pour lui. Il ne sait pas que Tania l’attend. Il ne sait rien, si ce n’est qu’il va vers son destin. Il y a un roman d’Amado sur le meuble de chevet. Il l’ouvre au hasard, il voit des mots mais.... D’entre les lignes s’échappent l’appel des promesses, il n’arrive plus à lire tant se bousculent dans ses oreilles les sons des tambours, tant ses yeux s’aveuglent de soleil, tant à sa bouche arrive un goût de sel. Le sel du Brésil.
© la Créature des Marais, 2010 |
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« Le sel du Brésil » |
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