Alpinia purpurata

Si vous lisez ce blog pour la première fois, j’aimerais préciser qu’en fouillant un peu, on y trouve aussi de très belles photographies d’opossum éventré ou de rat décollé, c’est la nature. Textuellement, on y rencontre également pas mal de digressions presque toutes instructives. Au jour du jour d’aujourd’hui – c’est vous dire si c’est actuel – et malgré les gens qui n’aiment pas les fleurs, on va encore en faire une : une fleur qui donne des fleurs, tel un feu d’artifice combiné par les jumeaux Weasley dans Harry Potter. C’est trop.

Alpinia purpurata - vue dessus

Le nom

Car c’est ainsi que l’Alpinia purpurata commence d’exister, en étant nommée, vous savez que c’est l’usage des humains pour que les choses soient. Et, grâce à Dieu, depuis la tour de Babel, ils sont polyglottes, ce qui n’est peut-être pas l’idéal pour éviter les contresens mais nous vaut une certaine variété dans les appellations qui, depuis Babel donc, sont incontrôlées.

En guise d’exemple de ce foisonnement, chez les Papous, outre les langues véhiculaires, tok pisin et hiri-motou, on en compte d’autres, minoritaires, dont 595 austronésiennes et 203 mélanésiennes – soit 800 langues – parlées en moyenne par 5600 locuteurs pour l’ensemble de la Papouasie-Nouvelle Guinée. Rapporté à la population, c’est un peu comme si on parlait 15 000 langues différentes en France, excusez-moi du peu.

Zorn-le-pessimiste, Sage martien peu connu du XXXIème siècle avant Fritz, faisant allusion à l’Alpinia purpurata, a écrit : « La plante aura toujours plus de feuilles que de noms. C’est pourquoi dans mon slip, j’ai mis des cactus ». Hélas, nous n’avons pas le temps de gloser sur la noire profondeur de cette pensée puisque je dois maintenant justifier le titre de cette partie. On se recentre ?

massif de costus speciosus en fleurs

Le nom latin, Alpinia purpurata, émane, au sens physique, de la nomenclature des botanistes, la profession ne m’en voudra pas – je l’espère – de l’avoir emprunté. Les Anglophones de Hawaï la nomment red ginger quand ils sont flegmatiques et jungle queen quand elle est rose. Le vocable arabe qui la désigne est el zob el akhmar. A la réunion, les indigènes l’appellent galanga d’une voix très forte. On l’offre aux Antilles francophones sous le sobriquet de lavann wouj, wòz (lavande rouge, rose selon son nom). La dénomination tahitienne est opuhi et ce peuple-là, croyez-moi, s’y connaît en matière florale. En Polynésie, elle sert – plutôt que de s’étioler bêtement sous un ciel gris, captive d’un pot dans une serre – à orner librement les farés, au milieu de ses sÅ“urs plus menues, farandole de couronnes et colliers, sous le ciel bleu. C’est mieux, non ?

Le mystère des origines

D’où vient l’Alpinia purpurata ? Je me doute bien que vous vous en badibulguez l’alpinette et que jamais cette question, pourtant fondamentale, ne vous vint à l’esprit lorsque vous vous rasiez en vous regardant dans le miroir et le matin. Or, apprenez qu’il est peu de sujets plus mystérieux que celui-ci.

Deux fleurs ouvertes sur un costus speciosus

L’exploration minutieuse de la toile (que sécrètent tant d’humanoïdes arachnéens animés d’intentions diverses) révèle, au-delà de quelques indications valides, une inquiétante contradiction, pullulante et abstruse – assez comparable à la créature des marais. En effet, parmi les sites marchands, l’un affirme qu’elle provient d’Amérique centrale, l’autre d’Afrique du Sud, un troisième lui veut Hawaï pour lieu natal, un autre enfin raconte qu’elle vit le jour en terre Adélie, cela reste à prouver. Pour le blogueur attaché à sa localité, c’est évident, elle est née chez lui, et où qu’il habite dans le monde, il n’autorise personne à supposer que – disons – St Malo-de-Guersac ou St Marc-la-Jaille ne soit pas le berceau initial de l’Alpinia purpurata. Quant aux sites à vocation naturiste, ils prétendent qu’elle pousse bien dans le Péloponnèse et la surnomment plumet d’autruche.

Alors, d’où vient l’Alpinia purpurata ? On y arrive. Mais il faudra bien en passer par la famille et la terre, ne pas oublier les vraies valeurs. L’Alpinia purpurata est rhizomateuse, c’est malheureusement héréditaire chez les Zingiberaceae qui excellent par ailleurs dans le ballet fourmilier ou le spectacle équestre, ai-je ouï dire mais j’ai l’ouïe dure. Le rendement annuel à l’hectare est d’environ 35 000 pieds. La principale technique de multiplication est le prélèvement d’éclats de touffes, 3 à 5 tiges, qu’on replante avec les dents. Voilà. A ce stade, quoique vous ignoriez toujours d’où vient l’Alpinia Purpurata, vous pourrez facilement faire illusion 1 mn 37 secondes devant un spécialiste. Toutefois, il paraît improbable que vous en croisiez un prochainement, n’est-ce pas ?

Costus speciosus et fourmis


Va-t-on finalement savoir d’où vient l’Alpine pourpre ? Bon, oui, vous l’avez mérité. Si l’on s’en tient aux sources les plus crédibles, elle est originaire de Kanaky, du Vanuatu, des Salomon et de Papouasie-Nouvelle Guinée, je vous le donne en îles, et sans doute dans l’ordre inverse. Pour simplifier, elle viendrait de cette zone du pacifique-sud-ouest – les autochtones y ont une conception horticole de l’agriculture et c’est une plante cultivée – à partir de laquelle elle aurait entamé son voyage par le Sud puis vers l’Est jusqu’aux Amériques, et désormais partout sous les tropiques, croissant au petit déjeuner. En prenez-vous de la graine ?

PS : Si quelqu’un vous demande pourquoi les fourmis aiment se nicher dans les bractées de l’Alpinia purpurata, répondez-lui sobrement d’aller se faire empapaouter. Surtout que les trois dernières photos ne sont pas des Alpinia purpurata mais des cannes d’eau, costus speciosus dont les fleurs sont plus grosses et les bractées aussi sucrées. Merci de votre attention.

Et maintenant quelque chose de complètement différent !

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3 commentaries sur “Alpinia purpurata

  1. Pingback: Révision et novation

  2. J’avoue avoir du mal à suivre ce soir, et pour cause les neurones du vendredi soir sont moins alertes que ceux du lundi matin, quoique… Les frère Weasley, les Papous, Zorn le pessimiste, les Zingiberaceae, Babel, Hawaï, Réunion, Terre Adélie, Saint Malo de Guersac (j’ai adoré le site)…et bien sur l’ Alpina Purpurata. En tout cas j’ai bien voyagé dans l’espace, le temps et l’imaginaire, et tout cela autour d’une magnifique fleur !

  3. Oui, un peu difficile à suivre… et merci, Anne-Claire, de ce commentaire qui met en relief, le côté – disons éparpillé – de ce blog.
    A bientôt.

    la CdM

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